
Questionner pour mieux apprendre… et enseigner !
Par Marilyn Baillargeon, Ph. D.
Le questionnement pédagogique représente bien plus qu’une simple technique d’enseignement : il représente un véritable moteur pour l’apprentissage. En posant des questions ciblées, la personne enseignante active la réflexion des élèves, vérifie leur compréhension et les guide vers la construction autonome de leurs savoirs.
Le questionnement au cœur de l’apprentissage
L’acte de questionner stimule directement les processus cognitifs essentiels à l’apprentissage. Lorsqu’un élève entend une question pertinente, son cerveau active immédiatement ses connaissances antérieures, établit des liens et cherche à construire une réponse cohérente. Cette activation cognitive favorise l’encodage des nouvelles informations en mémoire à long terme et renforce la compréhension conceptuelle.
Les recherches en sciences cognitives démontrent que l’apprentissage se produit plus efficacement lorsque les élèves sont amenés à traiter activement l’information plutôt que de la recevoir passivement. Le questionnement pédagogique constitue précisément ce catalyseur qui transforme l’écoute passive en engagement intellectuel actif.
Les fondements du questionnement pédagogique
Activation des processus métacognitifs
Quand un enseignant pose une question de processus comme « Comment as-tu procédé ? », il invite l’élève à prendre conscience de ses propres stratégies d’apprentissage. Cette métacognition – la réflexion sur sa propre pensée – permet aux élèves de développer leur autonomie intellectuelle et d’améliorer leurs stratégies d’apprentissage futures.
Consolidation par la verbalisation
L’obligation de formuler une réponse à voix haute ou par écrit force l’élève à organiser sa pensée de manière cohérente. Cette verbalisation consolide la compréhension et révèle les zones d’incompréhension qui nécessitent un ajustement pédagogique immédiat.
Maintien de l’attention soutenue
Le questionnement régulier maintient tous les élèves dans un état d’attention active, sachant qu’ils peuvent être sollicités à tout moment. Cette expectative cognitive optimise l’acquisition des apprentissages pour l’ensemble du groupe.
Types de questions et progression
Questions de surface versus questions approfondies
Les questions factuelles (« Quelle est la capitale du Canada ? ») vérifient la mémorisation et servent de point de départ. Elles activent les connaissances de base nécessaires à la construction d’apprentissages plus complexes.
Les questions d’analyse (« Pourquoi cette stratégie s’avère-t-elle plus efficace dans ce contexte ? ») poussent les élèves au-delà de la simple restitution. Elles développent la pensée critique et la capacité à établir des relations causales.
Les questions de synthèse (« Comment pourriez-vous appliquer cette démarche à une situation différente ? ») encouragent le transfert des apprentissages et la créativité intellectuelle.
Répartir les questions pour vérifier la compréhension
L’efficacité du questionnement repose sur une progression logique qui respecte le développement cognitif naturel :
- Ancrage : Questions d’activation des connaissances antérieures
- Construction : Questions qui guident la découverte de nouveaux concepts
- Consolidation : Questions qui vérifient la compréhension et encouragent les liens
- Extension : Questions qui invitent au transfert et à l’application créative

Stratégies pour optimiser le questionnement
Temps d’attente et participation
Accorder un temps d’attente suffisant après avoir posé une question (3 à 5 secondes minimum) permet à tous les élèves de réfléchir et augmente la qualité des réponses. Cette pause cognitive est particulièrement bénéfique pour les élèves qui ont besoin de plus de temps pour traiter l’information.
Diversification des modalités
Varier les formats de questionnement optimise la participation : questions en grand groupe, discussions en dyades, questions écrites, ou encore le système de « réflexion-discussion-partage » permettent d’inclure tous les styles d’apprentissages.
Questionnement différencié
Adapter les questions au niveau de développement de chaque élève assure un défi approprié pour tous. Les élèves en difficulté bénéficient de questions plus structurées, tandis que les élèves avancés peuvent être stimulés par des questions ouvertes et complexes.
Enseignement des stratégies de questionner
L’objectif ultime du questionnement pédagogique est de rendre les élèves capables de générer leurs propres questions pertinentes. En modélisant explicitement comment formuler de bonnes questions, l’enseignant développe chez ses élèves une compétence transférable dans tous les domaines d’apprentissage.
Le questionnement comme outil d’autorégulation
Lorsque les élèves intériorisent l’habitude de se poser des questions métacognitives (« Est-ce que je comprends ? », « Comment puis-je vérifier ma réponse ? », « Quelle stratégie serait la plus efficace ici ? »), ils deviennent des apprenants autonomes capables de monitorer et d’ajuster leur propre apprentissage.
Défis et solutions pratiques
Surmonter la résistance au questionnement
Certains élèves peuvent initialement résister au questionnement, préférant recevoir directement les réponses. Pour contrer cette tendance, l’enseignant peut graduallement introduire le questionnement dans des contextes ludiques et non évaluatifs, créant ainsi une culture de classe où la curiosité est valorisée.
Gérer la diversité des réponses
Face à des réponses multiples et parfois contradictoires, l’enseignant efficace utilise ces moments comme opportunités d’apprentissage collectif, guidant les élèves vers l’évaluation critique des différentes perspectives proposées.
Attiser la curiosité
Le questionnement pédagogique efficace redonne ses lettres de noblesse à la curiosité. En structurant intentionnellement nos questions et en créant un environnement où le questionnement est valorisé, nous formons des citoyens capables de pensée critique, de créativité et d’apprentissage autonome.
L’enjeu n’est pas de connaître toutes les réponses, mais d’aider nos élèves à poser les bonnes questions – celles qui ouvrent des horizons, qui stimulent la réflexion et qui nourrissent cette soif d’apprendre qui les accompagnera toute leur vie.
Références
BERGER, W. (2014). A More Beautiful Question: The Power of Inquiry to Spark Breakthrough Ideas. Bloomsbury USA.
ROSENSHINE, B. (2012). Principles of Instruction: Research-Based Strategies That All Teachers Should Know. American Educator, 12-19.
HOLLINGSWORTH, J. & YBARRA, S. (2009). The Power of the Well-Crafted, Well-Taught Lesson. Corwin Press.
SCHWARTZ, K. How to Bring ‘More Beautiful’ Questions Back to School. MindShift – KQED. https://www.kqed.org/mindshift/43596/how-to-bring-more-beautiful-questions-back-to-school CTREQ. L’importance du questionnement dans l’apprentissage. RIRE. https://rire.ctreq.qc.ca/questionnement/




